Lors du dernier CSE, Pascal Martinez est venu présenter aux élus les conclusions de l’audit sur le programme de plateformisation. Juste avant, les élus CFDT ont lu une déclaration pour poser leurs points de vigilance. Nous voulions rappeler que derrière les projets, les budgets et les calendriers, il y a des équipes qui doivent continuer à faire tourner l’entreprise tout en menant cette transformation.
Ce que l’audit a présenté n’a fait que renforcer nos questions.
L’audit le dit sans détour : la trajectoire prévue au départ n’est plus tenable. Le planning était trop ambitieux, les projets dépendent beaucoup les uns des autres, la technique est complexe et la collaboration entre les métiers et l’informatique a montré ses limites.
Parmi les recommandations, la principale est de réduire le portefeuille de 30 à 40 % des projets, pour se concentrer sur l’essentiel : les migrations, les décommissionnements, les obligations réglementaires et les projets qui apportent une vraie valeur. L’objectif est de retrouver une trajectoire réaliste à l’horizon 2028.
Seulement, avoir moins de projets ne veut pas dire moins de travail. Les migrations devront quand même être faites. Les systèmes actuels devront continuer à tourner tant qu’ils ne sont pas remplacés. Les phases de tests et de recette seront renforcées. Et pendant ce temps, les équipes accompagneront le changement et assureront leurs activités habituelles.
Pour la CFDT, la nouvelle trajectoire doit donc s’accompagner d’une vraie évaluation de son impact sur la charge de travail et les conditions de travail.
Côté budget, la tension est forte. Pour 2027, les besoins sont estimés à 129 millions d’euros, alors que l’enveloppe prévue est de 97 millions. Il manque donc 32 millions. Sur l’ensemble du programme, le budget est passé de 684 à 780 millions d’euros, d’après les chiffres de l’audit.
On ne peut pas se contenter de repousser ou d’abandonner quelques projets. Chaque renoncement a un prix : une migration décalée, une offre qui n’arrive pas, un parcours client qui n’est pas amélioré, des gains qui s’éloignent. L’audit note d’ailleurs que les hypothèses du business case de départ ne sont plus réalistes et qu’une bonne part des gains attendus est reportée. Il faut donc remettre le business case à plat et se demander concrètement ce que cette transformation doit apporter à l’entreprise.
C’est le sujet qui, selon nous, doit passer davantage au premier plan : et les salariés dans tout ça ?
La nouvelle organisation prévoit de renforcer le rôle des métiers, avec des Process Owners, et de changer la façon dont les métiers et l’informatique travaillent ensemble. En parallèle, l’intelligence artificielle prend de plus en plus de place dans la stratégie de transformation.
La plateformisation et l’IA vont forcément faire évoluer certains métiers. Cela ne veut pas dire qu’ils vont disparaître, mais leur contenu, les compétences demandées et la manière de travailler vont changer. Cela soulève des questions très concrètes. Quelles compétences seront nécessaires demain ? Qui devra être formé ou accompagné ? Quelles activités seront transformées ou automatisées ? Comment les équipes seront-elles soutenues ? Et surtout, quelle sera la trajectoire pour l’emploi et les compétences ?
Pour la CFDT, la trajectoire sociale doit se construire en même temps que la trajectoire technologique. Il serait absurde de décider d’abord de la transformation des outils et des organisations, et de se demander seulement après ce que cela change pour les gens.
La plateformisation est un investissement majeur pour le Groupe. Elle doit répondre à une ambition claire. La Direction la présente comme un levier de modernisation qui soutient la stratégie « Esprit de conquête ». Mais l’audit souligne que les gains offensifs sont difficiles à matérialiser aujourd’hui et que les gains défensifs sont en grande partie repoussés.
Il faut pouvoir répondre simplement à cette question : qu’est-ce que cette transformation va apporter, concrètement, à l’entreprise, aux salariés, aux distributeurs et aux clients ? Moderniser les systèmes ne peut pas être une fin en soi. L’enjeu, c’est de simplifier les processus, d’améliorer les parcours, de mieux répondre aux besoins des clients et des distributeurs, et de donner aux salariés de meilleurs outils pour travailler.
Une nouvelle trajectoire va être construite, et pour les élus CFDT, elle devra être suivie régulièrement dans les instances représentatives du personnel. Cela vaut pour les arbitrages sur les projets, les migrations et les décommissionnements, mais aussi pour la charge de travail, les conditions de travail, les risques psychosociaux, l’évolution des métiers et des compétences, l’accompagnement du changement et les effets de l’IA. Les budgets et les gains attendus devront aussi être suivis dans la durée, pour vérifier que les objectifs annoncés sont vraiment tenus.
La plateformisation est un chantier majeur pour La Mondiale. Sa réussite ne se mesurera pas seulement au respect d’un calendrier ou d’un budget. Elle dépendra aussi de sa capacité à construire une organisation soutenable pour les salariés, à préserver la qualité du travail et à donner du sens à la transformation.
C’est sur ces points que les élus CFDT resteront vigilants.
Retrouvez notre déclaration liminaire.





