Un projet qui transforme profondément le travail… sans en maîtriser aujourd’hui les conséquences pour les salariés.
Le CSE de l’UES La Mondiale est actuellement consulté sur le projet d’évolution de l’organisation des activités de gestion Épargne Retraite Individuelle (ERI) et du département des prestations mutualisées (DPM), dans un contexte de transformation lié à la plateformisation et au déploiement de l’OERI.
Dans ce cadre, une expertise a été confiée au cabinet Syndex. Cette expertise est indépendante et s’appuie à la fois sur les documents transmis par la Direction, sur des échanges avec les représentants de la Direction métiers, ainsi que sur 32 entretiens réalisés auprès des salariés concernés. Elle permet ainsi de croiser les points de vue et d’objectiver les impacts du projet sur le travail réel.
Les conclusions de cette expertise sont sans ambiguïté : le projet, en l’état, apparaît insuffisamment préparé et comporte des risques importants, tant pour l’organisation de l’activité que pour les conditions de travail des salariés.
Si l’objectif de faire évoluer l’organisation vers une logique par produit peut être compris, les modalités de mise en œuvre restent largement floues. De nombreux éléments essentiels ne sont pas définis à ce stade, notamment en ce qui concerne l’organisation cible, la répartition des effectifs, les critères d’affectation des salariés ou encore l’évaluation de la charge de travail. Cette absence de visibilité rend difficile toute projection dans le futur fonctionnement des équipes et alimente un climat d’incertitude.
Le rapport met également en évidence des choix organisationnels qui interrogent fortement. La déspécialisation de certaines activités, comme les réclamations, la formation ou le recouvrement, fait peser un risque réel de perte de compétences, tout en exposant certains salariés à des changements importants de métier sans que les conditions de formation et d’accompagnement ne soient clairement définies. Cette situation crée un décalage préoccupant entre les exigences du projet et les moyens réellement mis à disposition des équipes.
La réorganisation des collectifs de travail constitue un autre point de vigilance majeur. L’éclatement des équipes existantes et leur recomposition, parfois dans des conditions perçues comme brutales, viennent fragiliser des équilibres construits dans le temps. Le rapport souligne que ces collectifs jouent un rôle essentiel dans la réalisation du travail et dans la régulation des difficultés du quotidien. Leur déstabilisation, combinée à des modalités d’affectation jugées peu transparentes, a généré chez de nombreux salariés un sentiment d’incompréhension, d’injustice et de perte de repères.
Les managers de proximité et les référents techniques, pourtant centraux dans l’accompagnement des équipes, apparaissent eux-mêmes en difficulté dans ce contexte. Peu associés à la construction du projet, parfois concernés directement par les réorganisations, ils ne disposent pas toujours des moyens nécessaires pour assurer pleinement leur rôle de soutien.
Au-delà des aspects organisationnels, l’expertise met en lumière des impacts déjà visibles sur la santé des salariés. Des situations de stress, d’angoisse, de fatigue, de troubles du sommeil ou encore de perte de motivation ont été rapportées. Ces éléments ne peuvent être ignorés. Ils traduisent l’émergence de risques psychosociaux réels, qui nécessitent une prise en compte immédiate.
La manière dont le projet a été conduit est également questionnée. L’annonce a été vécue comme brutale par de nombreux salariés, la communication a été jugée insuffisante et les espaces d’échange trop limités. Dans ce contexte, certaines décisions ont été perçues comme déjà actées, ce qui a contribué à fragiliser la confiance et à installer un climat de tension.
Face à ces constats, il est nécessaire de rappeler que le rôle des élus du CSE est avant tout de prévenir les risques et de protéger les salariés. L’objectif n’est pas de s’opposer au changement, mais de s’assurer que celui-ci se fasse dans des conditions respectueuses du travail, de la santé et de la dignité des personnes.
Cela suppose aujourd’hui de prendre le temps de sécuriser le projet, d’en clarifier les modalités, d’évaluer réellement les impacts et de mettre en place des mesures concrètes d’accompagnement et de prévention. Cela suppose également d’associer pleinement les salariés et les managers à la construction des solutions, car ce sont eux qui connaissent le mieux la réalité du travail.
Le 1er avril, les élus du CSE seront amenés à rendre un avis sur ce projet. Au regard des éléments portés par l’expertise et des nombreuses alertes remontées du terrain, cet avis interviendra dans un contexte particulièrement sensible.
Les salariés peuvent compter sur leurs représentants pour porter avec exigence et responsabilité l’ensemble de ces constats et préoccupations. Cet avis a vocation à être exprimé collectivement par les élus du CSE, afin de peser pleinement face à la Direction.




