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DOSSIER : Travailler avec l’IA

DOSSIER : Travailler avec l’IA


Extrait du Magazine CFDT « Syndicalisme Hebdo » septembre 2024

“Les IA sont introduites sur les lieux de travail sans dialogue”

Chaque nouvelle technologie introduite dans l’entreprise devrait faire l’objet d’une concertation avec les partenaires sociaux. Ce qui est loin d’être le cas.

Par Fabrice Dedieu, Journaliste, CFDT, Syndicalisme Hebdo

Franca Salis-Madinier, secrétaire nationale de la CFDT Cadres.
Franca Salis-Madinier, secrétaire nationale de la CFDT Cadres.© DR

Est-ce que l’utilisation de systèmes d’intelligence artificielle présente des risques, notamment dans le monde du travail ?

Toute technologie est ambivalente. Elle permet de réduire les tâches longues et fastidieuses, comme rédiger des comptes rendus ou améliorer en médecine la prise en charge thérapeutique de maladies telles que le cancer. En revanche, si elle n’est pas bien gouvernée, elle peut discriminer à grande échelle. Par exemple, les algorithmes utilisés par les CAF pour détecter les fraudes ont ciblé certains modèles familiaux et territoires.

Elle peut aussi porter atteinte au droit de se syndiquer ou à la vie privée d’un travailleur par une surveillance très intrusive. C’est ce qui s’est passé dans un entrepôt Amazon du Missouri aux États-Unis. L’utilisation d’IA peut aussi provoquer une intensification du travail, en prenant en charge les tâches routinières et en laissant aux humains celles qui nécessitent le plus de concentration. Ces risques posent la question de la responsabilité et du contrôle humain dans les décisions préconisées par les algorithmes.

”Si un humain ne peut pas expliquer la décision préconisée par la machine du licenciement d’un salarié, par exemple, alors mieux vaut ne pas l’appliquer.

Est-ce que la réglementation actuelle est suffisante pour prévenir et/ou contenir ces risques ?

En France, il y a déjà pas mal d’outils juridiques, mais la technologie va plus vite que le droit. Le code du travail prévoit que lorsqu’une technologie nouvelle est introduite dans l’entreprise, elle doit donner lieu à une information-consultation du CSE. Dans les entreprises de plus de 300 salariés, une expertise peut être demandée.

Au niveau européen, un règlement sur l’intelligence artificielle a été adopté en avril 2024. Il se fonde sur une échelle de risques. Les IA qui catégorisent ou identifient avec de la biométrie des personnes ou qui donnent des scores sociaux sont interdites. Les IA utilisées dans le domaine RH pour le recrutement, les décisions de promotion ou de licenciement sont classées à haut risque. Elles devront être soumises à évaluation avant leur mise sur le marché puis réévaluées régulièrement une fois utilisées. Cette nouvelle législation va s’appliquer dans les pays membres de l’UE d’ici aux deux prochaines années.

Si ce règlement défend l’information des travailleurs et des syndicats, avec une évaluation de son impact avant l’introduction d’une IA dans les lieux de travail, la Confédération européenne des syndicats pense qu’il faut aller encore plus loin, avec une directive spéciale sur l’IA dans le monde du travail, qui pose des règles visant à garantir le principe de l’humain aux commandes ainsi que l’explicabilité et la transparence des systèmes d’IA.

Par exemple, dans le cas d’un licenciement, si un humain ne peut pas expliquer la décision préconisée par la machine, alors mieux vaut ne pas l’appliquer.

Dans les entreprises, comment peuvent agir les représentants du personnel ?

Aujourd’hui, les IA sont introduites sans véritable dialogue. Nous commençons à voir des experts saisis par les CSE mais, bien souvent, il faut menacer l’entreprise de délit d’entrave pour que le dialogue puisse avoir lieu. Les travailleurs sont donc peu associés. Or les risques et les opportunités que les IA engendrent devraient systématiquement faire l’objet d’un dialogue, et ses usages, d’une expérimentation. Les effets de l’IA sur les emplois, la redistribution des potentiels gains de productivité, doivent être débattus.

D’autant que ces technologies créent une grande asymétrie entre le pouvoir de l’employeur et celui des travailleurs. Ces derniers et leurs représentants doivent être formés aux enjeux de l’IA. L’intelligence artificielle pose de nouveaux défis, et il faut les aborder en mettant en place les conditions d’un véritable contre-pouvoir des travailleurs.

Chez IBM, l’IA a bon dos…

La direction du géant des télécoms justifie un plan social par les gains de productivité permis par l’IA. Une provocation de plus pour la CFDT, qui dénonce un manque de dialogue social en ce qui concerne les nouvelles technologies.

Par Emmanuelle Pirat, Journaliste, CFDT, Syndicalisme Hebdo

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© Nicolas Ridou

Chez IBM France, la CFDT est sur les dents concernant l’IA. Non pas qu’elle s’y oppose. La conception de systèmes d’IA (SIA) est même au cœur de l’activité de l’entreprise. Et les militants reconnaissent aisément utiliser les SIA « pour gagner du temps », y compris dans leur travail syndical.

Si la CFDT est en alerte, c’est à cause du manque de concertation avant l’introduction de ces systèmes. Ainsi, la mise en place au service des ressources humaines, d’un SIA permettant de définir les montants des augmentations salariales s’est faite sans négociation. « Ce système est une véritable boîte noire : sur les quarante paramètres qui permettent de définir les augmentations, on nous en a expliqué huit. Nous ne savons rien de l’algorithme, dénonce Fabien Billa, délégué syndical central CFDT d’IBM France. La direction nous dit que l’IA ne fait que des propositions, et que ce sont les managers qui décident in fine. Mais en fait, ces derniers sont encouragés à suivre les recommandations de l’IA. » Là encore, la CFDT voudrait avoir son mot à dire.

La CFDT a demandé une expertise

Mais la ligne rouge a été franchie en mars dernier, lors de l’annonce d’un plan social lié, selon la direction, à des gains de performance promis par l’IA. « Une véritable gifle » pour les salariés, selon Fabien. Au niveau du groupe IBM (monde), le plan annoncé devait concerner 4 000 salariés, dont plus de 1500 en Europe avec une centaine en France.

La CFDT a immédiatement réagi et demandé une expertise, dont les résultats seront rendus lors du comité européen de novembre prochain. « L’impact de l’utilisation de l’IA sur l’emploi à court et moyen terme est au cœur de la problématique », estime Nicolas Nadal, qui siège au comité d’entreprise européen.

En complément de l’expertise, l’équipe CFDT a constitué un groupe de travail syndical sur les conséquences du recours à l’IA. « Cette démarche s’inscrit dans une volonté de se familiariser avec les outils technologiques qui, utilisés à bon escient, peuvent constituer un levier pour l’amélioration des conditions de travail, mais qui, mal gérés, pourraient entraîner les entreprises dans un perpétuel moins-disant social », estime Nicolas. 


Publié le 30 septembre 2024


2024-09-30 12:20:27
cfdt-lamondiale.fr

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